Eloge de la bicyclette, Marc Augé


couverture

Image: FFCT.org

La première fois que j’entendais l’anthropologue Marc Augé parler de vélo, c’était dans un récent numéro de Psychologie Magazine. Dans un article sur les stratégies du quotidien, il dit que “le cyclisme est une manière de changer son rapport au temps et à l’espace“, que “derrière l’idée du cyclisme, il y a l’idée […] de la ville vivable” et que “c’est un instrument très pédagogique… et incontestablement ethnologique“. Marc Augé est en effet ethnologue et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) à Paris, où il réfléchit sur le monde contemporain et les relations sociales. Il a notamment décrit le concept de surmodernité et de non-lieux (qui a certainement inspiré George Ritzer pour son livre The Globalization of Nothing).

capture d'écran

Le livre sur lequel porte ce billet est extrêmement court (environ 90 pages) mais très intense pour tout cycliste parisien. S’ajoute à cela que Marc Augé s’inspire à diverses reprises de son enfance bretonne, région passionnée de cyclisme et que je connais bien. Mais il ne s’agit pas de faire juste l’éloge d’une enfance cycliste ou d’une expérience sportive; il s’agit surtout de décrire un mode de transport qui a un rôle éminent à jouer dans l’urbanisme d’aujourd’hui et de demain.

L’opération Vélib’ est très insuffisante, mais elle ouvre une espérance

Paris a été une des premières grandes capitales à créer un système de partage de vélos en libre-service, et son succès a été quasi-immédiat. Marc Augé émet cependant quelques limites au Vélib’ parisien: la frontière est mince entre le mode de transport courant et l’attraction touristique pour les visiteurs étrangers. D’autre part, la tendance urbaniste à s’étendre en dehors des villes (on parle notamment du “grand Paris”) n’est pas favorable à ce mode de transport de proximité et de rencontre. Mais l’auteur se prend aussi au jeu de l’utopie :

Imaginons une ville, une grande ville [où] le problème de la circulation a été réglé une fois pour toutes. […] On trouve des vélos à louer dans toutes les grandes gares, naturellement, mais aussi près de presque toutes les stations de métro, de tram ou d’autobus. […] beaucoup de Parisiens sont devenus propriétaires de leur moyen de déplacement favori, qu’ils s’emploient souvent […] à personnaliser…

Ce n’est pas moi qui contredirai Marc Augé dans son “utopie” du mode de vie cycliste. J’ai déjà parlé de la mode des fixies, des différents types de vélos à assistance électrique, d’un brevet de vélo déposé par Apple, d’une innovation de Shimano et j’ai donné mon avis sur Bike Glow. Ce sont des exemples d’innovation dans le monde de la petite reine, d’autres viendront certainement. Mais l’essentiel du charme de ce sport vient des sensations qu’il procure:

Par l’usage du vélo, les humains trouvent à satisfaire quelque chose de ce désir de fluidité, de légèreté, j’allais dire: de liquidité – ce désir qu’expriment aussi bien les mots qu’ils utilisent pour parler des nouvelles technologies (ils surfent ou naviguent sur internet)

Un livre pour les amoureux du vélo – et pour les urbains qui hésitent à s’y mettre. Je vais, pour ma part, l’offrir à une personne qui en est pour beaucoup dans ma pratique du cyclisme… et qui habite en pleine campagne 😉

guidon

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