Hätte Schopenhauer getwittert?

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Schopenhauers "Aphorismen zur Lebensweisheit" hätten auch getwittert werden können, oder?

Ich hatte gerade die heutige Ausgabe der Welt in der Hand; und neben einem sehr kritischen Artikel √ľber Google und Facebook habe ich vorallem zwei Artikel √ľber Twitter bei Seite gelegt. Bei beiden handelt es sich um die bekannte Microbloggingseite – aber es geht um sehr verschiedene Umfelder: die Litteratur der vergangenen Jahrhunderte, und Finanzen der Gegenwart (und der Zukunft!) Continue reading →

Why the web is making us (somehow) autistic

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I already blogged about how Google empowers us by enlarging our abilities to treat and recognize information (in French). I now just finished another book that deals with the way we deal with information today, in The Age of the Infovore. Written by blogger and professor Tyler Cowen, the book actually talks more about autism than about the web… but it gives us useful insights about thinking in the Information Economy. Continue reading →

Un ogre, Google? Oui, mais tr√®s gentil (Google God, d’Ariel Kyrou)

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Les bureaux de Google à Mountain View sont un lieu de pélérinage pour les technophiles

Le tweet de Julien Hervou√ęt, entrepreneur et enseignant en gestion de projet web √† l’ESSCA, illustre tr√®s bien l’id√©e du livre: Google est un dieu de l’information qui a non seulement une influence √©norme aupr√®s des d√©cideurs, mais aussi un capital sympathie inou√Į pour ce type de multinationale. C’est de quoi traite le livre Google God (Big Brother n’existe pas, il est partout) dont je viens de terminer la lecture, et qui permet de v√©ritablement prendre du recul vis-√†-vis de ce g√©ant tout-puissant du web. Continue reading →

Petite philosophie du design, Vil√©m Flusser, √©d. Circ√©

Alors que je tuais le temps entre deux rendez-vous √† Paris derni√®rement, je n’ai pas pu m’emp√™cher √† entrer dans la librairie Vrin, qui rassemble une quantit√© impressionnante de livres sur divers sujets philosophiques. Dans le rayon d√©di√© √† l’art et √† l’esth√©tique, je suis tomb√© sur la Petite philosophie du design du philosophe tch√®que Vil√©m Flusser et je n’ai pas pu m’emp√™cher de l’emmener. Celui qui a aussi √©crit Pour une philosophie de la photographie en 1983 d√©fend la th√®se que notre avenir sera affaire de design.

N√© √† Prague en 1920, l’auteur √©migre de son pays natal en 1940 et s’√©tablit √† Sao Paolo, o√Ļ il enseigne notamment la philosophie des sciences puis devient, en 1963, professeur de philosophie de la communication et des m√©dias (√† ce sujet, je vous conseille √©galement le livre de Dominique Wolton). Il a pass√© la fin de sa vie entre la France et l’Allemagne (le texte de l’essai a √©t√© traduit de l’allemand) et d√©c√®de dans un accident de voiture alors qu’il se rendait √† une conf√©rence √† Prague en 1991. Ses textes sont courts et tr√®s simples √† lire, comme ce livre qui comprend seulement 85 pages de texte. Mais quel r√©gal.

Apr√®s un bref rappel √©tymologique des origines du mot design (signum, le signe), l’auteur entame sa r√©flexion en affirmant que le mot design a “investi la br√®che et a jet√© un pontentre le domaine de la science et celui de l’art, deux domaines qui ont √©t√© radicalement oppos√©s par la bourgeoisie moderne.¬†A la fin de son essai, Flusser affirme aussi que cette distinction avait autrefois un sens, mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui : les formes sont aujourd’hui des “mod√®les”, et non plus des “d√©couvertes” (formes vraies) ou des “fictions” (formes fausses) comme √† l’√©poque de la r√©volution industrielle. Nous vivons dans une √©conomie de la connaissance, et les formes -ou l’apparence de la mati√®re- ont un contenu informationnel qui guide l’utilisation.

Comme l’a aussi abord√© Christian Guellerin lors d’un cours donn√© √† l’ESSCA r√©cemment, Flusser se demande si l’industrie de design renferme une √©thique, et cette question se trouve √™tre particuli√®rement pertinente aujourd’hui. Les conflits comme WWII ou la guerre en Irak (celle de 90-91) lui permettent de poser quelques questions : qui du “complexe post-industriel pilote/h√©licopt√®re” est responsable de la mort de civils ayant p√©ri dans le raid a√©rien ? Les ing√©nieurs ? Les designers ? Le pilote ? On peut aussi se demander dans quel sens va la relation d’influence dans l’interaction homme/machine… Bref, le fait m√™me de poser ce type de questions “nous permet pourtant d’esp√©rer“.

“Les gens devraient enfin apprendre √† calculer”

On peut terminer ce petit billet par l’apologie de la science faite par M. Flusser et qui m’a presque fait regretter de n’avoir que fait le minimum en cours de physique et de math√©matique : je ne peux donc pas “partager l’exp√©rience de la beaut√© et de la profondeur philosophique de quelques √©quations particuli√®rement remarquables (par exemple celles d’Einstein)“. En m√™me temps, la magie du num√©rique nous permet maintenant de transcoder les nombres en couleurs, de les voir, de les entendre : ils sont perceptibles par les sens. Me viennent alors √† l’esprit deux exemples de ce type de d√©marche de design “math√©matique” : l’art fractal et l’entreprise Nervous System, fond√©e par deux √©tudiants d’Harvard et du MIT.

Un collier Nervous System (©Fast Company)

Je ne peux m’emp√™cher de cite un dernier extrait, particuli√®rement adapt√© √† la soci√©t√© actuelle √† mon sens : “Exactement comme l’homme primitif qui intervenait dans la nature directement gr√Ęce √† ses mains et donc fabriquait partout et tout le temps, les fonctionnaires de l’avenir, munis d’appareils petits, minuscules ou m√™me invisibles, seront partout et toujours des fabricants“.

Conf√©rence d‚ÄôAndr√© Comte-Sponville, 2 octobre 2009, Centre des Congr√®s d‚ÄôAngers

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Dans le cadre du Centenaire de l’Ecole, l’ESSCA avait r√©uni anciens, professeurs, partenaires et √©tudiants au Centre des Congr√®s d’Angers pour une soir√©e autour d’Andr√© Comte-Sponville, philosophe normalien, qui s’est propos√© de r√©fl√©chir sur le sujet¬†“Sens du travail, bonheur et motivation : philosophie du management“. Cette conf√©rence a √©t√© suivie par une discussion avec les √©tudiants et le pr√©sident du R√©seau des Anciens El√®ves, Thierry Forges, anim√©e par Gilles Lockhart, journaliste √† L’Expansion. Retour sur la soir√©e…

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pr√®s un bref discours d’introduction de¬†Dominique Vigin, pr√©sident du Groupe ESSCA, puis de¬†Catherine Leblanc, directrice de l’Ecole, M. Comte-Sponville a commenc√© sa conf√©rence peu apr√®s 18h30. S’adressant √† des managers et futurs managers, il a rappel√© la difficult√© de cette fonction, tout simplement parce “c’est faire travailler les autres, et les autres, travailler, ils pr√©f√©reraient pas“. La difficult√© du management r√©side donc selon lui dans le fait que le travail est une contrainte. In√©vitablement, le philosophe a alors fait le parall√®le avec l’esclavagisme : “le fouet faisant d√©faut, c’est pour √ßa que l’on a invent√© le management“.

“Le profit est quand m√™me le seul moyen que l’on ait trouv√© pour faire reculer la pauvret√©”

Le management moderne (si l’on peut “management” pour l’esclavagisme…?) aurait alors pour principale mission de concilier des int√©r√™ts divergents : ceux des salari√©s, qui recherchent le bonheur, et ceux de l’entreprise, qui recherche le profit. Autrement dit, comment le management doit-il faire pour donner un sens au travail ? D√®j√†, M. Comte-Sponville a commenc√© par rappeler que le travail n’√©tait pas une valeur morale, comme le disent parfois les dirigeants et managers, notamment √† cause de l’existence du salaire. Effectivement, personne ne vous paye pour √™tre juste, pour √™tre g√©n√©reux… bref pour √™tre vertueux.

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“Le travail ne vaut rien, c’est pour √ßa que l’on le paye”

Le travail n’est toujours qu’un moyen, pour tendre vers le bonheur ou pour faire du profit, et selon le philosophe c’est justement pour cela qu’il doit avoir un sens. Le sens du travail est par d√©finition une autre chose que le travail. Mais vers vers quoi tendons-nous alors ? Et comment nous motivons-nous au travail si on ne travaille pas pour le plaisir de travailler, mais pour quelque-chose d’extrins√®que au travail ? Qu’est-ce qui fait courir l’homme ? Le bonheur ? C’est justement la deuxi√®me partie de l’intervention d’Andr√© Comte-Sponville qui permet de r√©fl√©chir sur ces questions.

“Un manager, c’est un professionnel du d√©sir de l’autre”

Le r√©flexion sur le bonheur et le motivation passe in√©vitablement par la notion de d√©sir. Concr√®tement, un manager est donc un “professionnel du d√©sir du salari√©”,¬†¬†un marketeur √©tant un “professionnel du d√©sir du client”. Mais le philosophe est all√© encore plus loin dans la description de ces deux disciplines : selon lui il y aurait un marketing platonicien (“les clients courent apr√®s ce qui leur manque”) et un marketing spinoziste (“les clients courent parce qu’ils aiment la puissance de courir”). Depuis le d√©but de l’√®re du marketing de l’offre effectivement, c’est en flattant le client que l’on arrive √† vendre ce qu’on lui fait d√©sirer…

“Quand on est marchand de chemise, le type qui vient torse-nu est quand m√™me une formidable exception”

Il en est de m√™me avec le management et les ressources humaines, dont la principale difficult√© n’est pas de trouver mais de recruter et de fid√©liser les meilleurs. Qui sont les meilleurs ? Ce sont ceux qui peuvent s’en aller √† tout moment… Les salari√©s ont certes besoin d’un salaire mais aussi et surtout d’autres sources de motivation comme de bonnes conditions de travail, une certaine reconnaissance sociale, des incentives stimulantes etc. C’est ce que M. Comte-Sponville appelle le marketing manag√©rial : d’attacher autant d’importance aux d√©sirs du client qu’√† ceux du salari√©. L’int√©r√™t de l’entreprise est donc de faire du profit, celui des salari√©s est le bonheur ; l’entreprise doit donc aligner ses propres d√©sirs √† ceux des individus qui y travaillent.

“Le management est r√©ussi quand des gens qui ne travaillent pas par amour du travail finissent par aimer ce pour quoi ils travaillent”

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Dans le d√©bat qui a suivi, le philosophe Comte-Sponville a pu r√©pondre √† des questions d’√©tudiants de deuxi√®me, troisi√®me et cinqui√®me ann√©e, ainsi qu’√† celles de Thierry Forges, Pr√©sident du R√©seau des Anciens de l’ESSCA. Les questions portaient sur diff√©rents aspects du travail et du management. J’en ai surtout retenu que “motiver, c’est rendre un d√©sir utilisable”, partie de la r√©ponse donn√©e par M. Comte-Sponville √† une question pos√©e sur le management du b√©n√©volat. L’esprit de l’intervention de l’auteur du Peit Trait√© des Grandes Vertus est tr√®s bien repris dans cette “vision” qu’il a du march√© :

“Que dit-on √† un client ? Sois √©go√Įste : ach√®te chez moi. Que dit-on √† un salari√© ? Sois √©go√Įste : travaille chez moi. Le march√©, c’est la convergence de √©go√Įsmes”

Une quasi-paraphrase des termes employ√©s par Adam Smith pour d√©crire les lois du march√© r√©gi par la main invisible. M. Comte-Sponville semble avoir une vision tr√®s lib√©rale du march√©, √† l’inverse de la tendance actuelle. Dans le contexte actuel de la crise, le postulat selon lequel le somme des int√©r√™ts individuels garantit la meilleure allocation possible des ressources -le lib√©ralisme- est plus critiqu√© que jamais. Le conf√©rencier critique √©galement le paternalisme lorsque, pour r√©pondre √† une question d’un √©tudiant en 5√®me ann√©e, il affirme que le paternalisme c’est “faire semblant d’aimer ses salari√©s”. Selon lui, “une entreprise n’est pas une famille, mais un march√©”. A la question de Thomas, √©tudiant en 3√®me ann√©e, qui demande ce que M. Comte-Sponville veut dire lorsqu’il affirme que les jeunes perdent le sens du travail, conclut par cette r√©ponse :

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“Le travail n’est toujours qu’un moyen, c’est vrai, mais c’est presque toujours le moyen le plus important”

La soir√©e s’est termin√© dans le hall du Centre des Congr√®s autour d’un cocktail pour lequel Sa√Įt√© Chen, concertiste et √©tudiant en 3√®me ann√©e, a jou√© des extraits d’Ňďuvres de Bach, Listz, Gerschwin ou de Chopin. Un superbe cadre pour converser avec les professeurs et rencontrer les anciens √©l√®ves, dont M. Le Duff, convi√©s √† cette soir√©e.

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Et aussi :

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(Merci à Charles pour les photos)